RAPPORT sur le passage du premier Consul de
Le dix-sept messidor an onze, vers quatre heures du soir, le premier Consul de
Les habitants, longtemps avant, avaient fait peindre uniformément en ocre les façades de leurs maisons. Prévenus du jour du passage du premier Consul, ils se sont empressés d’exposer à sa vue les produits de leurs fabriques. Des toiles et linges de table étaient tendus en forme de draperies, le long des maisons, depuis l’entrée jusqu’à la sortie de la ville. A chaque nœud était un bouquet de fleurs, dans le milieu une étoile.
Des toileries de toutes couleurs, sous différentes formes, des guirlandes de rubans, de verdure et de fleurs, ornaient en outre toutes les maisons et traversaient les rues de son passage, de manière que cela ne formait qu’une voûte où se trouvaient suspendues des couronnes de laurier et de chêne.
Au pont neuf à demie lieue de la ville, qui fixe l’entrée de l’arrondissement et celui du territoire de la commune, était un grand portique de verdure décoré de fine toile blanche, orné de rubans et de fleurs avec cette inscription :
3ème ARRONDISSEMENT DU DEPARTEMENT DU NORD
COMMUNE D’ARMENTIERES
Au hameau du Wez-Macquart, qui fixe la sortie de commune, était un autre grand portique, au frontispice duquel on lisait :
SORTIE DE
Aux portes d’entrée et de sortie de la ville, étaient aussi élevés des portiques différemment décorés. Sur le frontispice de la porte d’entrée on remarquait cette inscription :
Son aspect sur nos côtes fait frémir l’Angleterre.
Sur celui de la porte de sortie, on remarquait celle-ci :
Il vient de voir Carthage, il nous y conduira.
L’entrée de toutes les rues qui aboutissaient à celles du passage du premier Consul formaient aussi autant de portiques de verdure aux diverses inscriptions, parmi lesquelles on remarquait celle-ci :
Il est le protecteur des sciences et des arts.
A la sortie de la place était un arc de triomphe érigé par les élèves de l’école secondaire. On y remarquait le buste du premier consul entouré de trophées d’armes dessinés par le citoyen Lespagnol fils, élève de ladite école, avec cette inscription :
Bonaparte, partout où vous portez vos pas,
Vous y fixez la paix ou la gloire des combats.
On remarquait au-dessus de la porte du maire le buste de Bonaparte rayonnant de gloire, peint par le citoyen Lecat instituteur, avec ces mots au bas :
A l’immortalité
Le même buste était aussi exposé chez le citoyen Rogin, avec cette inscription :
Pour chanter Bonaparte, il faut être un Virgile.
On le voyait aussi chez le citoyen Ferrier, avec ces mots :
Il a tout réussi
Une estrade était élevée sur la place à l’endroit du passage du premier Consul où étaient placés les jeunes gens amateurs de musique. On y lisait cette inscription :
Alexandre a conquis pour la gloire
Bonaparte pour le bonheur des peuples
Comme la voiture du premier consul est arrêtée vis-à-vis cette estrade, on a remarqué qu’il a lu plusieurs fois cette inscription.
La maison commune était entièrement décorée de guirlandes de verdure et de fleurs. Son entrée formait un portique composé de différentes étoffes en forme de draperies. Sur un fond parsemé d’étoiles, où était placé le buste de Bonaparte, on lisait ces mots qui formaient le demi-cercle autour de ce héros :
A son aspect, tremblez forbans d’Albion.
Sur la place , la statue et l’arbre de la liberté diversement décorés formaient le fond d’une enceinte où se sont rendues les autorités constituées, les fonctionnaires publics, le clergé, la garde nationale, les militaires blessés portant chacun une bannière où était inscrite la bataille ou l’action où ils avaient mérité une retraite d’honneur en défendant
La plupart des confréries d’archers et d’arbalétriers des villages voisins s’étaient rendues ce jour-là en cette ville avec leurs armes, drapeaux, tambours et fifres. On distinguait particulièrement les arbalétriers d’Houplines, de Warneton et d’Erquinghem montés sur les plus beaux et les plus gros chevaux du pays qui servent à l’agriculture, décorés de rubans, de verdure et de fleurs et portant sur la tête chacun une houppe de froment en épi. Cette espèce de garde d’honneur a été tellement remarquée par le premier Consul qu’il a dit au maire le lendemain à Lille, lorsqu’il a eu l’honneur de lui être présenté : « Citoyen maire, j’ai vu avec plaisir les beaux chevaux de votre pays ».
Les habitants des communes voisines, qu’à leur demande le maire avait instruits du jour du passage du premier Consul en cette ville, s’y sont portés en foule.
Chacun s’était rendu sur la place d’armes au lieu qui lui était assigné pour y attendre le premier Consul. Un peuple immense remplissait toutes les rues et tous étaient partagés entre l’espoir et la crainte de voir ou de ne pas voir Bonaparte. Enfin, à quatre heures, le canon nous annonce son arrivée à la porte, et les cris de « Vive Bonaparte » qui en partent sont bientôt répétés d’un bout à l’autre de la ville.
Le maire, accompagné de ses adjoints, du conseil municipal, des fonctionnaires publics, du clergé, des militaires blessés, du groupe de jeunes demoiselles, s’est avancé sur le passage. Le premier consul arrive. Il ordonne que l’on arrête ses voitures. Les cris de « Vive
« Premier Consul de
Le premier Consul y a répondu avec bonté et de nouveau les cris de « Vive Bonaparte ! » ont recommencé. La musique a répété son air chéri. Le maire, dans le bruit de la tumultueuse effervescence du peuple enivré de joie, engagea le premier Consul à descendre de sa voiture : « Premier Consul, lui a-t-il répété plusieurs fois, voyez l’enthousiasme de ce peuple et l’attachement qu’il vous porte. Il brûle de la plus vive impatience de vous voir… Ne lui accorderez-vous point cette satisfaction ?... Il vous en sera éternellement reconnaissant. »
Enfin, aux instances plusieurs fois réitérées du maire, il a donné l’ordre à son premier aide de camp de faire conduire ses voitures à l’hôtel de ville où il est descendu, au milieu d’un peuple qui lui en témoignait sa reconnaissance par des cris d’allégresse et de joie.
Le premier Consul s’est montré à plusieurs reprises aux croisées du salon qui donnent sur la place. Le curé lui fit un compliment auquel il répondit avec sa bienveillance ordinaire. Il passa en revue les militaires blessés et il lut avec la plus grande attention toutes les inscriptions que portaient leurs bannières. Aux affaires d’Arcole, de Lodi, de Marengo qu’il il remarquait, on le voyait satisfait de rencontrer des hommes qui avaient coopéré sous son commandement à la gloire et au bonheur du peuple français. Il fit ensuite quantité de questions au maire sur les ressources agricoles et commerciales de la commune, sur les établissements civils et de bienfaisance et sur tout ce qui pouvait intéresser les habitants.
Le premier Consul est descendu de l’hôtel de ville, précédé du groupe de jeunes adolescentes qui parsemaient son passage de fleurs et accompagné du maire et des autorités constituées qui le reconduisirent jusqu’à sa voiture, aux cris mille fois répétés de « Vive Bonaparte ! Vive madame Bonaparte ! Vive le premier Consul ! Vive le héros et le pacificateur de
Au même moment, le conseil municipal a délibéré à l’unanimité que le jour du passage de Bonaparte, premier Consul de
Le maire le 18 messidor an 11
Signé Bayart maire