Le bombardement de l'aérodrome militaire allemand de Lomme situé sur l'actuel quartier de la cité des cheminots de la Délivrance en août 1918 par l'aviation militaire australienne

(d'après l'Histoire officielle de l'Australie pendant la guerre 1914-1918, Volume VIII The Australian Flying Corps in the Western and Eastern Theatres of war 1914-1918, par F. M. Cutlack)

 

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CHAPITRE XXIV
Les raids aériens sur LILLE
Les trois derniers mois de la guerre ont été une période d’offensive incessante pour les Alliés. Au début du mois d’août,  toute la vague  de la force britannique déferla de nouveau sur la muraille érigée par l’ennemi sur la Somme  pour finir par la submerger tout le long de la ligne du front. L’histoire du Corps Aérien Australien a cherché à décrire la montée de cette vague. Le point culminant qu’a constitué l’attaque sur la Somme du 8 août marqua la fin des doutes et interrogations quant à la perte de suprématie des Alliés. A partir de cette date, le mot d’ordre a été d’attaquer encore, encore et encore.  Les activités du service aérien, toujours plus offensif, s’orientèrent dorénavant vers des plans offensifs plus audacieux.
 A l’endroit où les avions britanniques déversaient une douzaine de bombes, ils en larguaient à présent, une cinquantaine. Ils cherchaient à atteindre le centre du système nerveux de l’armée allemande, non simplement les  zones situées à l’avant du front mais aussi dans celles situées loin à l’arrière et ce, avec une force accrue.
Les patrouilles offensives d’un seul escadron avaient laissé la place au balayage systématique du ciel par plusieurs escadrons rassemblés et, nuit et jour, l’ennemi au sol était harcelé et décontenancé au point que son moral se trouva entamé par la pression imprimée de tous côtés. Ses aviateurs apparaissaient dans des formations plus grandes et de plus en plus importantes, au fur et à mesure  que sa défaite devenait certaine et irrémédiable. Le ratissage de l’espace aérien était la réponse et   les aviateurs alliés les dominèrent et  les chassèrent du ciel  tandis  que leur armée défaisait leurs lignes d’infanterie au sol. Les deux escadrons de reconnaissance australiens travaillaient dans ces missions de ratissage du ciel avec l’escadron 88 de la R.A.F et ses chasseurs Bristol. Les appareils  avaient l’habitude de gagner leur point de rassemblement à une certaine altitude à un point  bien déterminé, tel que la forêt de Nieppe: 10000 pieds pour les Camel de l’escadron 4, 14000 pieds pour les S.E.5 de l’escadron 2 et 18000 pour les chasseurs Bristol. Parfois les S.E.5 prenaient le relais des Bristol au niveau supérieur. Puis, avec les Camel en tête et les 2 autres groupes d’appareils en altitude suivant à l’arrière et  sur les côtés, toute la flotte franchissait les lignes ennemies sur vingt ou trente km, scrutant le ciel d’ Ypres à Arras. Trop souvent, comme lors de l’épisode  confus de la Somme, l’ennemi se tenait à distance et évitait la rencontre. Mais à la fin, quand l’armée allemande se trouva sous la menace d’un Sedan aggravé,  beaucoup d’aviateurs allemands durent se résoudre à devoir mourir les armes à la main et  le  combat aérien de tous les jours prit ainsi, la tournure d’un véritable carnage aérien.
 Avant le début de l’offensive britannique, les escadrons australiens 2 et 4 défiaient déjà l’ennemi avec des patrouilles qui ratissaient l’espace aérien au-dessus de Lille et des aérodromes environnants. Cette tactique avait commencé en juillet et était devenue une habitude régulière. Par les destructions importantes d’appareils qu’elles occasionnaient, ces manœuvres de patrouilles étaient à ce moment des hostilités, très impressionnantes. A leur simple vue, les Allemands décampaient. Une flotte de vingt-huit appareils australiens  qui avaient survolé Lille la matinée du 1ER août, avaient aperçu un grand nombre d’appareils ennemis mais ces derniers avaient immédiatement  pris la fuite et un seul d’entre eux put être rattrapé et détruit. C’était un Rumpler biplace qui rentrait seul au bercail,  à l’altitude de 19000 pieds, censée pouvoir lui assurer la sécurité. Les lieutenants Wellwood, C.R. Ebeling et V.E. Knight le prirent en chasse et alors qu’il plongeait afin de s’échapper, et après que tous trois lui aient envoyé quelques rafales de mitrailleuse,  Wellwood  finit par lui envoyer cinquante cartouches presque à bout portant et le Rumpler s’écrasa au sud-est de Lille. 
Les patrouilles en binômes ou en petites formations étaient poursuivies en alternance avec les  excursions en balayage combiné. Taplin et King, lors d’une  sortie en patrouille à l’aube sur Merville le 3 août descendirent chacun un biplace et pour Taplin, après un combat acharné  avec un L.V.G. à la carlingue blindée qui tirait des balles explosives. Le soir du 4 août, King et Watson détruisirent un autre biplace au-dessus de Laventie à l’issue d’une  attaque concertée.
Les bombardements localisés continuaient cependant à être régulièrement pratiqués. Tard dans l’après-midi du 6 août, Cobby et Trescowthick aperçurent un train de munitions qui déchargeait des obus au dépôt de  Vieille Chapelle. Ils larguèrent quatre bombes, firent sauter le dépôt, touchèrent le train en  milieu de convoi  et lui mirent le feu. A basse altitude, ils tirèrent 800 cartouches sur les ouvriers du dépôt et les cheminots. Lors d’une sortie en soirée avec King, Watson le major W.A. Mc Cloughry, Cobby détruisit un L.V.G. biplace volant à basse altitude au-dessus de Bac St Maur pendant que les autres bombardaient Lestrem et des véhicules de transport sur la route de Sailly à Estaires. Le jour suivant à l’aube, les deux escadrons australiens étaient de sortie en nombre. Une patrouille du quatrième, bombarda la vallée de la Lys pendant qu‘un autre groupe de dix appareils protégé par  un groupe de onze appareils du 2ème escadron en altitude, se dirigea vers le sud-ouest de Lille pour bombarder une voie ferrée d’évitement autour de Sainghin et Marquillies. Sur les dix-huit bombes de 25 livres déversées sur la voie ferrée et la gare de Sainghin, quatre ont été vues atteindre la voie permanente et la gare pendant que les autres explosaient  au milieu de cantonnements dont les occupants se sauvèrent comme ils purent. Huit Fokker biplans surgirent à  6:30 pour contre-attaquer, c’est alors que  Cole et F.R. Smith dans leurs S.E.5 en observation plus haut, plongèrent à leur poursuite en quittant leur formation et en expédièrent deux  au tapis. A midi, une formation de onze  appareils australiens revint sur les lieux. Pendant que six Camel bombardaient la gare de Don, au sud de Sainghin, cinq S.E.5 fondirent sur neuf Fokker biplans et triplans en provenance du sud. L’ennemi dans sa lancée depuis son attaque en altitude, trouva les Camel plus bas et ouvrit le feu sur eux. Les Camel tournèrent pour leur faire face et une mêlée  s’ensuivit  pendant quelques minutes à 8000 pieds. Heller et J.C.F. Wilkinson, les premiers à être attaqués, firent une embardée, roulèrent et culbutèrent autour de  deux des triplans. Chacun tira des rafales de ses mitrailleuses en direction des deux Fokker de tête qui, par la suite, piquèrent du nez et disparurent dans le brouillard. Les appareils allemands  restés en l’air, se séparèrent du groupe craignant la présence  des S.E.5 en altitude et disparurent.
Pendant ce temps, Cobby et Trescowthick avaient franchi les lignes plus au nord. Ils descendirent pour attaquer un convoi de transport qui entrait dans Armentières en provenance de Lille. Ils bombardèrent et  mitraillèrent ces véhicules d’une altitude de 70 m avec des résultats foudroyants. Quelques instants plus tard,  après avoir regagné la couche des nuages à 2500 pieds, ils virent cinq Pfalz de reconnaissance volant vers le nord, dans leur direction, légèrement en dessous d’eux. Les Australiens attaquèrent conjointement les deux derniers appareils; le brouillard était épais et ils risquaient l’éventualité de la présence d’un appareil ennemi à leur verticale. Les deux victimes choisies étaient complètement prises au dépourvu et reçurent de fortes rafales provenant du haut de leur fuselage arrière. Ils tombèrent et  prirent feu simultanément. En doublant le Pfalz suivant le plus rapproché, Trescowthick, légèrement en avant de Cobby, engagea le combat de près, détruisit l’aile droite de l’allemand dont la machine se disloqua en l’air. Au retour des deux Camel à l’aérodrome, Tapin, Ramsay et Baker décolèrent avec une importante cargaison de bombes destinées au Pont-du-Hem sur la route d’ Estaires à La Bassée. Ils larguèrent leurs bombes autour de cantonnements près du Pont-du-Hem, à l’altitude de 3500 pieds et allèrent à la rencontre de deux Albatros de reconnaissance observés près de Laventie. Les Camel avaient l’avantage de l’altitude de près de 500 pieds, ils rattrapèrent l’ennemi et pendant que Ramsay restait en garde en altitude, Taplin et Baker passèrent à l’attaque. Taplin était un pilote habile et un tireur d’élite.
Il attendit d’avoir sa cible à bout portant pour descendre en flammes son Albatros d’une courte rafale. Le tir de Baker sectionna le bas de l’aile gauche du second Albatros qui se disloqua en l’air. Tout le long de la soirée, une succession de petites patrouilles de l’escadron 4 bombarda les villages sur la Lys et Cobby lors d’une sortie à 5 :30, abattit un biplace allemand en feu au-dessus de Lestrem. La nouvelle de la victoire australienne sur la Somme avait remonté le moral des escadrons et pendant les journées qui suivirent le 8 août aucun pilote ne pouvait rester inactif dans l’aérodrome. L’enthousiasme général relançait les bombardements des villages de la Lys. Les pilotes étaient eux-mêmes dans un état d’esprit à  ne pas se soucier des risques qu’ils prenaient  avec les appareils ennemis. Ainsi Taplin, isolé de sa patrouille près de La Bassée, le 9 août  pris en chasse et détruisit un Hannoveranner et fut immédiatement attaqué par quatre Fokker. Il leur faussa compagnie dans les nuages, s’engagea dans la poursuite d’un deuxième Hannoveranner et le mitrailla jusqu‘à ce dernier tomba à court de munitions. Puis, dans l’incapacité de poursuivre le combat ou se défendre, il revint au bercail après une importante incursion à l’intérieur des lignes allemandes. Tôt le matin du 10 août Cobby, King et Watson attaquèrent la ligne de communication de la Lys. Ils larguèrent dix bombes à Lestrem quand King aperçut un ballon sur le sol près d’Estaires.          
Il descendit de 1500 pieds et mit le feu à ce dernier. En reprenant de l’altitude il aperçut un S.E.5 pourchassant un L.V.G. biplace à l’extérieur de Merville. Il faisait route vers Estaires, et après avoir vu le S.E.5 plonger deux  fois vers ce dernier, King l’attaqua de plein front. Le L.V.G. glissa sous lui mais King tourna à nouveau, et le mit en joug à 50 pieds, après quoi l’ennemi descendit en pente raide, essaya d’atterrir et s’écrasa. La patrouille se mit à patrouiller dans les alentours de Don et au-dessus de  la gare, tomba sur un train ; n’ayant plus de bombes à disposition, ils noyèrent ce dernier sous la mitraille. Une heure plus tard, Smallwood, de sortie avec Taplin détruisit un ballon à Sailly. Le jour suivant, le lieutenant L. Wharton, ayant soudain quitté une de ces petites patrouilles, attaqua deux L.V.G. au-dessus d’Armentières, en descendit un, mais subit en retour, l’attaque de six avions de reconnaissance qui perforèrent son réservoir de carburant; l’australien s’échappa en plongeant dans les nuages mais fut atteint à la tête par un obus de DCA et lors de son atterrissage termina sa course dans du fil barbelé près d’ Hazebroucq.  Il fut amené à l’hôpital mais insista pour transmettre  son rapport au chef d’escadron pendantle trajet.  Après deux jours de travail en coopération avec l’avance des Alliés sur la Somme, des patrouilles offensives en Flandre furent reprises par les escadrons australiens  le 14 et 15 août. Une formation combinée de douze appareils survola la région de la Lys entre 9 :30 et 10 :30 le 14 août, et pendant que les Camel bombardaient les dépôts qui s’y trouvaient, trois S.E.5 sous le commandement du capitaine E.L. Simonson surprirent  au-dessus de Nieppe, près d’Armentières, huit Fokker en combat aérien avec des Camel britanniques. Mills en détruisit un après un corps à corps prolongé. Les opérations combinées reprirent  à 5:00 du soir. Manuel, qui accompagnait un raid de bombardement, attaqua  avec deux autres S.E.5, six Fokker biplans au-dessus de Lompret au nord de l’aérodrome de Lomme et en descendit un qui s’écrasa près de Pérenchies. Une autre formation a escorté à 6 heures une escadre  de D.H.4 envoyés pour bombarder Tournai. Un biplace allemand fut aperçu près de Wavrin. Il plongea, tout à coup  en direction de  l’aérodrome d’Haubourdin lorsque les S.E.5 s’en approchèrent et une de ses ailes se déchira pour tomber comme une pierre  sans qu’aucun coup n’ait été tiré en sa direction.
 Le 15 août, la météo n’était pas favorable au vol avec des rafales de vent d’ouest. La patrouille de bombardement du matin  du 4ème escadron composée de 5 appareils  n’eut guère de chance au-dessus de la Lys. Les lieutenants S. Howard  et E.A. Cato bombardèrent Estaires ainsi qu’un train à Armentières éloignèrent quatre L.V.G. biplaces à Estaires et descendirent pour attaquer une batterie de DCA opérant à cet endroit.  A  ce point de jonction,  une balle tirée du sol blessa Howard au pied et une autre atteint son manche à balai. Il réussit à reprendre le contrôle de son appareil et se posa à Hermaville près d’Arras. Pendant ce temps-là, les lieutenants Smallwood, M.H. Eddie et Edols, bombardèrent le dépôt de Bac St Maur et une autre batterie de DCA. Smallwood avait été touché également. Blessé dans le dos par un obus anti-aérien, il avait tenté de rentrer à la base, mais à la suite d’un malaise,  s’était écrasé à Serny, près d’Aire. Cato, Eddie et Edols, atterrirent également au même endroit et purent retourner au bercail plus tard. La malchance qui semblait poursuivre quelques-uns des hommes n’avait pas fini de sévir. Quelques jours après, Cato et Edols l’échappèrent belle dans la même localité.  Edols, en patrouille le 25 août, fut grièvement blessé à la main droite par un éclat d’obus et lors de  l’atterrissage,  tomba dans le canal d’Aire à La Bassée, près de Locon. La malchance de Cato fut plus sérieuse. De retour d’une patrouille, l’après-midi du 22 août avec le  lieutenant S.P. Keaye,   pilote débutant, ils entrèrent en collision au-dessus d’Aire. L’appareil de Keaye perdit sa queue, et percuta  le sol après une chute soudaine de 3000 pieds. L’aileron de  l’aile gauche de Cato fut arraché et l’appareil piqua du nez. Cato coupa son moteur pour tâcher de reprendre le contrôle de l’appareil, mais en vain. Il ne lui restait plus qu’à essayer de remettre en route  et de tâcher   d’éviter le départ en vrille. Ceci réussit partiellement et après des efforts désespérés sur le manche à balai et le gouvernail, il atteignit l’aérodrome à basse altitude. La difficulté suivante était  d’atterrir. S’il coupait à nouveau le moteur, il partirait en vrille à nouveau. Atterrir avec le moteur en marche voulait dire le faire à une vitesse excessive. Il n’y avait pas de troisième voie ; et avec son indicateur de vitesse affichant 180 km/h, il essaya d’atterrir. L’accident était inévitable et l’appareil se fracassa dès qu’il atteignit le sol. Cato s’en sortit finalement, avec des bleus et une mauvaise secousse.  
L’escadre 80, à laquelle appartenaient  les deux escadrons de reconnaissance australiens, préparait à cette époque, une importante attaque des communications ferroviaires et des aérodromes autour de LiIle. Les aérodromes les plus importants étaient ceux de Lomme et Haubourdin, ce dernier étant un centre ferroviaire important pour la livraison des marchandises destinées à tout le front de la Lys. Les objectifs principaux de l’attaque étaient les aérodromes car détruire ces nids au sol  était la suite logique à donner à  l’élimination du ciel  de tout aéronef hostile. Alors que les balayages avaient été couronnés de succès, ils n’avaient pas réussi à mettre hors de nuire les aviateurs ennemis. Les modalités de l’opération étaient simples: l’escadre devait prendre l’air en nombre, clouer au sol tous les appareils allemands et aller les bombarder dans leurs hangars.
Pendant toute la durée de la guerre, la ville de Lille avait été délibérément épargnée de tout  bombardement par l’artillerie britannique ou de toute attaque aérienne. Les Français tenaient beaucoup à ce que Lille ne soit pas endommagée;  de plus, depuis le début de la guerre, un arrangement tacite semblait être en vigueur entre les autorités britanniques et allemandes qu’Armentières qui était du côté britannique de la ligne du front soit épargnée aussi longtemps que Lille n’était pas bombardée. Ceci a expliqué la relative immunité de destruction dont a bénéficié , du moins avant 1918,  la vallée de la Lys au-dessus d’Armentières. Le front à cet endroit était considéré, de chaque côté comme la pépinière, le terrain d’entraînement pour les nouvelles troupes. Les divisions nouvellement formées aussi bien britanniques qu’allemandes, avaient été envoyées pour se familiariser avec la guerre de tranchées. Ici aussi on envoyait les unités qui avaient besoin, en permission de détente et de récupération. La ville de Lille abrita de nombreux généraux allemands et ne fut jamais inquiétée. Quand en 1917 avant la troisième bataille d’Ypres, les Allemands bombardèrent violemment Armentières, Lille demeura intacte alors que Lomme et Haubourdin eurent à affronter des bombardements de représailles. En 1918, l’offensive du nord allemande gagna Armentières  et mit Lille hors de portée des canons britanniques, mais les aviateurs britanniques respectant le sentiment français, s’abstinrent de larguer des bombes sur la ville. C’est sur les plans d’attaque de l’escadre 80 sur les aérodromes de Lomme et Haubourdin que deux raids furent organisés le 16 et 17 août.          
Le premier raid avait pour objectif Haubourdin en ce début d’après-midi du 16 août. Soixante-cinq appareils étaient engagés dans l’opération soit tous les aéronefs disponibles de l’escadron 88 de la RAF  de chasseurs Bristol, du 92 et ses SE-5, du 2è escadron australien et ses SE-5  ainsi que le 4è escadron australien avec ses Sopwith Camel. Cette impressionnante armada lourdement chargée de bombes incendiaires et explosives ainsi que de toutes les munitions qu’elle pouvait transporter, se regroupa  à la verticale de l’aérodrome de Reclinghem à 12:30 aux altitudes respectives de 13000 pieds pour les Bristol,11000 pieds pour les SE-5 anglais, 9000 pieds pour  leurs homologues australiens enfin 7000 pieds pour les Sopwith Camel. L’escadron n°2 et ses 19 appareils était sous les ordres de Murray Jones  tandis que le 4ème doté du même nombre d’appareils était emmené par Cobby , avec qui volait le chef d’escadre, le lieutenant-colonel L.A. Strange. La formation prit immédiatement la direction de La Bassée, ordonnée en arcs de cercle larges, chaque groupe d’appareils gardant son altitude de départ. Au-dessus de La Bassée, chacun des groupes plongea au palier inférieur. Le plan retenu était de faire attaquer l’aérodrome d’Haubourdin à  tour de rôle par  les appareils opérant à la plus basse altitude, pendant que les Bristol et SE-5 se chargeaient de leur protection. C’est ainsi  que les Camel s’élancèrent les premiers pendant que l’escadron n°2,  attendait son tour, en effectuant des circuits de larges virages sur la gauche. Cobby mena l’attaque à la tête de sa propre escadrille. Alors que les six premiers appareils descendaient en piqué sur les hangars  situés les plus à l’ouest, un Fokker biplan, pris de panique, dans la tourmente de l’avalanche descendante chercha à se poser et finit par s’écraser contre un arbre à Wavrin. A l’altitude de 200 pieds, Cobby largua ses bombes de 25 livres  sur les hangars les plus éloignés et fit mouche : ils ne prirent pas feu mais les deux suivants atteints par les bombes suivantes, s’embrasèrent sur le champ. Puis à l’altitude de 100 pieds, il atteint un appareil au sol qui prit feu également. Dans la foulée, il pointa ses armes vers d’autres hangars et vers un groupe de mécaniciens; il abandonna ces cibles  pour dépasser un groupe de deux cents  hommes courant sur la route de l’aérodrome à l’hôpital. Cobby tira 400 cartouches sur le groupe, quelques-unes à moins de 50 mètres de hauteur faisant de nombreuses victimes. King suivit son chef de groupe. Ses trois premières bombes atteignirent comme une seule  le plus proche des hangars demeurés intacts. A sept mètres du sol, il  tira une centaine de cartouches  sur un autre hangar abritant quatre ou cinq appareils, largua sa dernière bombe  sur la même cible et vit le hangar  prendre feu. Survint ensuite dans son champ de vision, un chariot circulant sur la route tiré par deux chevaux. King toucha l’un d’entre eux, le chariot versa au fossé et y précipita ses deux occupants. Il refit le tour de l’aérodrome en   mitraillant les huttes et abris de cantonnement, la tour des projecteurs  et tout ce qu’il rencontrait sur son passage. Les lieutenants D.C. Carter, Edols, Eddie et Trescowthick le suivirent dans cette entreprise funeste  et Edols mit le feu aux locaux des mécaniciens avec une bombe au phosphore de 20 livres. Le major W.A. McCloughry s’élança à son tour, mit le feu à un hangar et à un appareil garé à l’extérieur et fit feu sur un groupe de mécaniciens courant sur le terrain. McCloughry et le colonel Strange dans son sillage, mitraillèrent simultanément un train circulant sur la voie au nord de l’aérodrome. L’escadrille de Watson, chargea à leur suite  et bombarda un grand ensemble de bâtiments d’officiers et d’ateliers dans un bois situé près des hangars. L’extrémité ouest du terrain n’était plus qu’une masse de feu et de fumée et tous ses occupants se pressaient pour rejoindre l’abri du quai du chemin de fer. Watson se mit à poursuivre un transport à cheval en provenance d’un dépôt. Baker poursuivit une voiture de service sur la route avant qu’elle ne remonte la berge pour se  renverser enfin. Aucun passager ne quitta le véhicule,  reportera-t-il plus tard. L’escadrille de Heller intervint à la suite de celle de Watson attisant les nouveaux brasiers; ses appareils  attaquèrent plusieurs postes de défense anti-aérienne.
Avec le passage du dernier homme de Heller, le 4ème escadron n’avait pas ménagé sa peine. L’escadron n° 2 prit rapidement la relève; Murray Head attaqua en premier et tira au passage quelques rafales de mitrailleuse sur le groupe ouest des hangars en feu et largua deux bombes sur les hangars du  sud. Une fumée épaisse et noire s’éleva rapidement et les plongea dans l’obscurité. Cole à la tête de son groupe enfonça le clou en larguant des bombes sur le groupe sud et en mitraillant systématiquement le groupe oriental. Les mécaniciens allemands  avaient manifestement  sorti en catastrophe les appareils des hangars du groupe occidental en feu, car la plupart des pilotes de l’escadrille de Cole voyant des appareils endommagés  devant ces hangars les ont mitraillés au passage avant de  bombarder le groupe sud. Cummings commandait les six appareils suivants ;  tous bombardèrent les hangars sud  et quelques-uns, le groupe de l’ouest en feu. Follett, dans cette escadrille à la suite de Cummings était sur le point de s’élancer sur le terrain quand il vit un Albatros biplace volant vers le sud-ouest à l’altitude de 2500 pieds. La provenance de l’allemand solitaire ne fut jamais établie. S’il s’agissait de fuir l’aérodrome maudit,  il ne put y parvenir, car Follett  lui décocha 70 cartouches par l’arrière et il s’écrasa au sol. Le désastre semé par les hommes de Cole et Cummings  sur les bâtiments du groupe sud fut poursuivi  par l’escadrille de Manuel qui largua un complément de bombes dans un fatras indescriptible de fumée et de flammes. Les pertes allemandes en aéronefs seuls, furent énormes. Les Britanniques estimèrent ces dernières à trente-cinq appareils détruits. Au soir de la bataille, les forces aériennes  ennemies apparaissaient comme autant de fourmis désorientées après un coup de pied dans leur fourmilière et à 6 :30,  une  patrouille offensive composée d’appareils des escadrons australiens aperçut 28 Fokker volant en 2 formations quadrillant la zone entre La Bassée et Bailleul.               
L’ escadre 80 mena une opération semblable le matin suivant sur l’aérodrome de Lomme, situé à trois km au nord de celui d’Haubourdin.  Soixante appareils furent engagés sur lesquels on comptait trente et un appareils d’attaque au sol, quatorze de l’escadron 2 et dix-sept de l’escadron 2. Les avions prirent position à la verticale de Reclinghem, comme précédemment et amorcèrent leur descente au-dessus de la Bassée.
Lors du précédent raid, les SE.5 de la deuxième vague d’attaque avaient eu beaucoup de difficultés à larguer leurs bombes sur leurs objectifs obscurcis par la fumée créée par la précédente attaque. Pour l’opération lommoise, il avait été décidé que chaque escadron se limite aux objectifs définis préalablement.  Et en conséquence, quand les Camel ont surgi sur la ligne des hangars au nord de l’aérodrome, les SE.5 ont fondu simultanément sur  un deuxième ensemble à l’est. Les hangars et les ateliers des deux lignes furent gravement  endommagés. La plupart furent atteints directement et incendiés. Le vent  a particulièrement attisé  le feu allumé au nord, propageant les flammes des abris de l’extrême ouest vers les autres. Les mitrailleurs allemands de la DCA ont poursuivi leur tâche avec ardeur, malgré l’attaque sévère des assaillants et leur feu nourri  toucha l’appareil du  lieutenant E.P.E Mc Cleery  de la formation des Camel. Ce dernier s’écrasa   sur le terrain et McCleery fut tué sur le coup. Les clichés pris attestent de la violence des dégâts occasionnés  aux hangars et ateliers pendant le raid et les prisonniers capturés lors de l’opération ont informé de la destruction de  dix-sept Fokker biplans.
A Reclinghem, des instructions précises pour tous les grades ont été préparées pour faire face à un éventuel bombardement de représailles, mais aucun ne se produisit. Dans le passé ou même quelques mois auparavant, un tel geste hostile envers leur force aérienne aurait amené à une tentative de représailles. Mais les Allemands avaient alors fort à faire : leur ligne de front était en danger plus au sud et le flanc nord allait bientôt battre en retraite. Deux journées calmes suivirent l’attaque de Lomme quand le  19 août,  les escadrons de reconnaissance australiens reprirent leurs patrouilles combinées.
A neuf heures du matin, huit Camel commandés par Baker et Heller  et huit S.E.5 commandés par  Cole et Manuel décollèrent en direction de leurs objectifs habituels sur la  Lys. Les S.E.5 volant à très haute altitude aperçurent plusieurs formations de Fokker biplans et triplans entre Laventie et Haubourdin. A 17000 pieds, Cole et Wellwood, à l’écart de leurs camarades virent d’abord sept des biplans et plongèrent pour les attaquer. Cole en envoya un au tapis et en éloigna un autre situé à la verticale de la queue de l’appareil de Wellwood. Puis le combat s’étendit à tout l’espace du ciel. Cole suivit un biplan du sud-est de Lille vers Douai et le poursuivit dans sa  descente de plusieurs milliers de pieds  en le mitraillant. Il tira une dernière rafale, quand à l’altitude de 4000 pieds, il fut attaqué par cinq triplans. Cette formation avait été repérée depuis Laventie par l’escadrille de Manuel  et avait été prise en compte dès lors par plusieurs chasseurs Bristol et S.E.5 et poursuivie en direction de Douai. Ainsi les triplans s’échappant en spirale de l’attaque qu’ils avaient subie à haute altitude  tombèrent sur Cole. Ce dernier ne dut son salut qu’au simple fait que les Bristols avaient suivi les Allemands.   
Pendant quelques jours, le mauvais temps empêchait les vols de reconnaissance. Les patrouilles de l’escadron 4  poursuivirent leurs bombardements de harcèlement sur Bac St Maur et Estaires et  Baker, lors d’une patrouille solitaire par temps brumeux le 24 août,  détruisit un ballon. En règle générale, l’ennemi se tenait à très haute altitude ou n’apparaissait pas du tout dans le ciel. Suivant l’exploit de Baker du 24 août, King se dirigea en solitaire vers la gare de Don, la bombarda, mitrailla un train et s’en retourna dans les nuages à basse altitude  sans rencontrer la moindre présence ennemie. Plus tard dans cette matinée du 25 août, Cole et Wellwood, en patrouille à l’est de Lens,  forcèrent un Rumpler à se poser près de Seclin et poursuivirent un D.F.W. solitaire de Givenchy au nord d’Arras jusqu’à Epinoy au-delà de  Cambrai où ils le détruisirent.  L’absence d’appareils ennemis sur le front nord était due à leur envoi vers le sud  pour contrer l’offensive des Alliés  engagée sur  un front plus large qui menaçait alors  la région de Bapaume. L’escadron n°2 se mit à la recherche des    Allemands au sud de la Scarpe et c’est à cet endroit que  deux escadrilles sous les ordres des lieutenants E.E. Davies et Manuel les trouvèrent ce 27 août. A onze heures du matin, à 17000 pieds d’altitude, la formation de Manuel attaqua une formation de 28 appareils composée de Fokker et d’avions de reconnaissance Pfalz, au-dessus de Sains-les-Marquion, à l’ouest de Cambrai. Cox se distingua dans son combat contre un Fokker, le descendit en flammes puis se fit attaquer par cinq appareils de reconnaissance. Par une manœuvre adroite, il abattit  deux de ses poursuivants. La patrouille de Davies  s’immisça dans la mêlée et à 13000 pieds, attaqua quatre des Fokker. Un d’entre eux fut descendu par Davies et tomba à Lécluse dans les marais au sud de Douai. L’ennemi abandonna ensuite le combat et se retira.
A l’aube du 30 août, King, Baker et  Ramsay rencontrèrent trois D.F.W. à l’est de Laventie et en détruisirent deux. Par ailleurs,  pendant les jours qui suivirent, aucune  patrouille australienne n’eut  à reporter la présence d’un seul appareil allemand au nord de la Scarpe. L’apparition rare de quelques appareils biplaces illustrait bien le fait que l’ennemi avait quitté le ciel dans la région. Les Allemands manquaient à présent de moyens aériens suffisants pour faire face aux Alliés sur tous les fronts  et tout laissait à penser que les raids sur Lomme et Haubourdin, ainsi que d’autres opérations, les forçaient à déplacer leurs aérodromes à l’est de Lille. L’éviction du ciel sur le  front du nord ne fut  pas le moindre des maux dont l’ennemi eut à souffrir  pendant cette période critique.       

 

 




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