Le baptême du géant Narcisse
 à Sequedin
 
 
Le baptême de Narcisse, le géant de Sequedin
Il faisait un temps superbe ce jeudi 2 juin à Sequedin. Le soleil brillait dans un ciel parfaitement bleu. Les rues de la commune avaient été interdites à la circulation automobile et les habitants les avaient envahies. Soudain la musique se fit entendre, les musiciens apparurent, accompagnés de quelques géants locaux. Tous se rendirent en procession jusqu’à la place de l’ancienne gare, qui fut bientôt noire de monde. Les hautes autorités étaient installées à la tribune et les géants qui s’étaient avancés jusque là virent se positionner à gauche et à droite d’une forme recouverte d’un grand drap blanc.
Pascale Coisne, adjointe au maire déléguée à la jeunesse et aux relations extérieures, prit la parole. « Narcisse aurait pu s’appeler Désiré… » Narcisse, c’est le nom qu’il a été choisi de donner au géant de la commune, dont le désir couvait dans la tête et le cœur des Sequedinoises et des Sequedinois depuis plus de 10 ans. Les festivités de Lille 2004 en avaient ravivé l’envie, qui avait pris forme peu à peu à partir de 2008 pour se concrétiser sous les mains expertes des artistes espagnols Ramon i Francena Sarandaca, dont l’atelier se situe non loin de Barcelone.
Le résultat, ce fut Narcisse, un géant porté de 4 mètres de haut, pesant 45 kg, entouré d’une équipe de 14 porteurs. Les Sequedinois ont choisi pour le personnifier le dernier « géant » de la commune, Narcisse Frémaux, le garde-champêtre, décédé en 1953, et qui avait impressionné ses contemporains en chaussant du 47, ce qui était vraiment peu courant à l’époque. La mémoire collective en garde le souvenir ému d’un « grand monsieur, avec qui il fallait filer droit ».
Excusez-moi du jeu de mots, mais la municipalité et la population lui offrirent un baptême en grande pompe, pour bien marquer leur attachement à « une figure emblématique qui représente la commune, ce symbole de leur identité collective ». Ce baptême était donc fait pour créer un lien civil et sentimental, créer une synergie entre le géant et sa communauté d’habitants. Il eut donc droit à une cérémonie officielle, avec signature d’un acte officiel par ses parrain et marraines (les représentants de Monsieur Tartaprônes de Pérenchies et de Marie de la Motte d’Haubourdin, les petites filles de Narcisse Frémaux), avec un baptême arrosé d’un Vivat flamand, une remise de cadeaux et un rigodon des géants (Pitche et Mitche d’Haubourdin, Jean le Bûcheron et son fils Jacobus de Steenvoorde, madame Tartaprônes étaient là aussi). Fait significatif de l’histoire du lieu, il fut même salué par le passage d’un train de marchandises.
Au son des orchestres, tous se mirent alors en cortège pour traverser la commune et se rendre salle Dewaele. Là, ils furent fêtés une dernière fois en musique par les Ménestrels de Saint-Sylvestre Cappel, avant que la population ne soit invitée à pénétrer dans la salle, où l’attendait le pot de l’amitié et une exposition sur la genèse de Narcisse, à laquelle avaient été associés les enfants de Sequedin.
En résumé, un superbe moment de communion autour de l’identité de Sequedin incarnée par son nouveau géant Narcisse, qui restera gravé dans les mémoires et l’imaginaire collectif.
 
 
La vie de Narcisse Frémaux
La commune de Sequedin s’est donc choisie comme géant Narcisse. Narcisse est un personnage qui a véritablement existé et qui fut le dernier garde-champêtre de la commune.
Il est né dans la maison de ses parents, chemin d’Erquinghem à Hallennes-les-Haubourdin, le 25 octobre 1877 à 10 heures du soir. Il était le fils d’Henri Edouard, journalier, et de Marie Leclercq, ménagère.
Son état signalétique militaire (n° 3097 de la classe 1897, arrondissement de Lille) nous décrit un homme d’un mètre 76, aux cheveux bruns foncés, aux yeux bleus, au nez assez gros et au menton plat. Les sourcils sont bruns, le front couvert, la bouche moyenne et le visage plein.
Rendu à la vie civile en 1901, après une période de réserve dans l’armée, il épouse le 8 août 1904, à Englos, Louise Gruson, née le 28 décembre 1882, fille de Charles, journalier, et de Marie Philomène Joseph Ovelaque, ménagère. Le recensement de population de 1906 nous montre le couple installé rue du Rivage à Sequedin, et parent d’une petite Louise, née l’année précédente dans la même commune. Alors qu’il était signalé comme journalier lors de son mariage, il est maintenant coloriste chez Potié.
La Première Guerre mondiale le rattrape et il est incorporé en 1914. Fin août début septembre de la même année, il se bat pour défendre Maubeuge qui finit par tomber aux mains des Allemands. Fait prisonnier, il passera plus de 4 ans au camp de Münster en Rhénanie-Westphalie et sera libéré en décembre 1918.
Son état signalétique militaire le signale comme habitant la rue du Marais à Sequedin à partir de 1921. Il y réside toujours au moment du recensement de 1926, qui nous apprend d’une part qu’il est maintenant journalier chez Kuhlmann et d’autre part qu’une deuxième fille, Jeanne, est née en 1909. Les deux filles, Louise et Jeanne, travaillent d’ailleurs comme repasseuses chez Vanoverschelde.
Là s’arrête la vie de Narcisse Frémaux aux Archives départementales du Nord. Ici commence l’histoire du géant Narcisse aux archives municipales de Sequedin.
 

Narcisse, un géant populaire
Les géants sont en quelque sorte le totem de leur cité. Personnages historiques réels, comme Narcisse, ou légendaires, ils incarnent l’identité de la commune, dans laquelle tous les habitants se reconnaissent. Ils étaient d’ailleurs nombreux à ses côtés en ce jeudi 2 juin. Il n’y a que sur les routes du Tour de France, au sommet des cols ou sur la ligne d’arrivée, qu’on voit autant de monde.
 
 
Les amis de Narcisse
Il existe environ 300 géants dans le Nord-Pas-de-Calais, inscrits désormais au Patrimoine mondial de l’Unesco. Quelques voisins avaient donc fait le déplacement pour accompagner Narcisse dans sa première sortie officielle.
Etait bien sûr présent monsieur Tartaprônes, son parrain, qui était venu en compagnie de madame. Sa marraine, Marie de la Motte, était escortée de ses amis d’Haubourdin, Pitche et Mitche (du quartier du p’tit Belgique). Jean le Bûcheron, le géant de Steenvoorde, et son fils Jacobus participaient également à cette cérémonie.



 




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